Assignation devant le tribunal de commerce : procédure civile expliquée
L'assignation devant le tribunal de commerce en procédure civile est l'acte introductif d'instance. Découvrez les étapes clés, les délais et le rôle de l'avocat pour une saisine réussie.

L’assignation devant le tribunal de commerce est l’acte fondateur de toute action en justice dans le monde des affaires. Cet acte de procédure civile, délivré par un huissier, marque le point de départ d’un litige commercial et engage des délais stricts. Que vous soyez créancier impayé, associé en conflit ou commerçant contestant une décision, maîtriser les règles de l’assignation devant le tribunal de commerce est essentiel pour préserver vos droits.
La procédure civile applicable aux tribunaux de commerce a connu plusieurs ajustements récents, notamment via le décret du 11 décembre 2025 (entré en vigueur le 1er janvier 2026). Ces modifications impactent directement le contenu de l’assignation, les délais de comparution et les modalités de transmission électronique. Notre cabinet vous accompagne pour transformer cette contrainte procédurale en un levier stratégique.
Dans cet article, nous décryptons chaque étape de l’assignation devant le tribunal de commerce : du choix de la juridiction compétente à l’audience de plaidoirie, en passant par les mentions obligatoires et les nouvelles obligations numériques. Un guide pratique pour ne rien laisser au hasard.
Points clés à retenir
- L'assignation est un acte d'huissier qui saisit le tribunal de commerce et fixe la date de l'audience.
- Depuis 2026, l'assignation doit obligatoirement mentionner l'adresse électronique du demandeur et du défendeur.
- Le délai de remise au greffe est passé de 8 à 15 jours pour les affaires complexes (décret 2025-1809).
- La nullité de l'assignation peut être soulevée pour vice de forme si les mentions légales sont absentes.
- L'urgence commerciale permet de réduire le délai de comparution à 5 jours francs.
- L'assistance d'un avocat est obligatoire pour les litiges supérieurs à 10 000 € ou en présence d'une question de droit nouvelle.
1. Qu’est-ce qu’une assignation devant le tribunal de commerce ?
L’assignation est l’acte introductif d’instance par lequel le demandeur (le créancier, le cocontractant, l’associé) cite son adversaire à comparaître devant le tribunal de commerce. C’est un acte de procédure civile strictement encadré par le Code de procédure civile (CPC) et le Code de commerce.
Nature juridique de l’acte
L’assignation est délivrée par un commissaire de justice (anciennement huissier). Elle doit contenir, à peine de nullité, l’objet de la demande, l’exposé des moyens de fait et de droit, et les pièces sur lesquelles le demandeur se fonde. Depuis le 1er janvier 2026, elle doit également mentionner l’adresse électronique du demandeur et, si elle est connue, celle du défendeur (décret n°2025-1809, article 1er).
Conseil d’expert : Ne négligez pas la partie « pièces jointes ». Listez précisément chaque document (contrat, facture, mise en demeure, courriels) et numérotez-les. Le tribunal de commerce est une juridiction de fond qui apprécie la preuve écrite. Une pièce manquante peut affaiblir votre démonstration.
2. Les mentions obligatoires de l’assignation (article 56 CPC)
L’article 56 du Code de procédure civile énumère les mentions impératives de l’assignation. En 2026, cette liste a été enrichie pour renforcer la loyauté des échanges.
Mentions classiques
- La date de l’acte et le tribunal de commerce compétent.
- Les nom, prénom et domicile du demandeur (ou dénomination sociale et siège social pour une personne morale).
- Les nom, prénom et domicile du défendeur.
- L’objet de la demande (ex : paiement d’une facture de 15 000 €, résiliation d’un contrat).
- L’exposé des moyens de fait et de droit (les arguments juridiques).
- La liste des pièces justificatives.
- Les conditions de comparution devant le tribunal (représentation par avocat, modalités de défense).
Nouveautés 2026
Le décret n°2025-1809 impose désormais :
- L’adresse électronique du demandeur (obligatoire).
- L’adresse électronique du défendeur si elle est connue (à défaut, mention « adresse électronique inconnue »).
- La mention du mode de transmission des pièces par voie électronique (RPVA).
Astuce pratique : Faites signifier l’assignation au moins 15 jours avant l’audience (délai de remise au greffe). Pour les sociétés, vérifiez le siège social exact au RCS. Une assignation délivrée à une adresse obsolète est nulle.
3. Le choix de la juridiction compétente
L’article L. 721-3 du Code de commerce attribue compétence au tribunal de commerce pour tous les litiges entre commerçants, actes de commerce, et procédures collectives. Mais la compétence territoriale obéit à des règles précises.
Règles de compétence territoriale
Le demandeur peut saisir :
- Le tribunal du lieu où demeure le défendeur (siège social).
- Le tribunal du lieu de livraison effective de la marchandise ou de la prestation de service.
- Le tribunal du lieu du paiement (dans les contrats synallagmatiques).
Depuis la réforme de 2025, en matière de contrats conclus par voie électronique, le tribunal compétent est celui du lieu de résidence du consommateur (si le défendeur est un professionnel). Attention : cette règle est d’ordre public.
Piège à éviter : Si votre contrat contient une clause attributive de compétence, elle doit être mentionnée dans l’assignation. Une clause claire et précise peut déroger aux règles légales. Vérifiez qu’elle n’est pas abusive (C. consom., art. L. 212-1).
4. Délais de comparution et remise au greffe en 2026
La procédure civile impose des délais stricts pour l’assignation devant le tribunal de commerce. Les voici, actualisés avec le décret 2025-1809.
Délai de comparution
L’assignation doit être délivrée au moins 15 jours francs avant la date de l’audience (article 855 CPC). Ce délai court à compter de la signification de l’acte. Pour les affaires urgentes (référé commercial), ce délai peut être réduit à 5 jours francs.
Remise au greffe
Le demandeur doit remettre une copie de l’assignation au greffe du tribunal au plus tard 15 jours avant l’audience (contre 8 jours auparavant). Cette remise peut être effectuée par voie électronique via le RPVA. À défaut, l’affaire sera radiée.
Anticipez : En cas de période de congés judiciaires (août), le délai de comparution est augmenté d’un mois. Utilisez le calendrier des audiences publié sur le site du tribunal pour éviter les mauvaises surprises.
5. La procédure accélérée au fond : l’assignation à jour fixe
Lorsque l’urgence est caractérisée, le demandeur peut opter pour l’assignation à jour fixe (article 840 CPC). Cette procédure permet d’obtenir une audience rapide, souvent sous 10 à 15 jours.
Conditions d’accès
- Justifier d’une urgence (péril imminent, préjudice irréparable).
- Présenter une requête au président du tribunal de commerce.
- Obtenir une ordonnance fixant la date d’audience.
L’assignation doit alors être signifiée au moins 5 jours francs avant l’audience. Cette procédure est très utilisée pour les demandes de provision, les injonctions de faire ou les litiges liés à une rupture brutale de relation commerciale.
Stratégie : L’assignation à jour fixe est un signal fort envoyé à votre adversaire. Elle démontre votre détermination et peut favoriser un règlement amiable rapide. Toutefois, préparez vos pièces de manière exhaustive : le juge statue en premier ressort.
6. Les conséquences d’une assignation nulle ou irrégulière
Une assignation qui ne respecte pas les formes prescrites par la procédure civile peut être annulée. Les causes de nullité sont limitées mais strictes.
Nullité pour vice de forme
L’article 114 CPC impose que la nullité ne soit prononcée que si l’irrégularité a causé un grief au défendeur. Exemples : absence de mention de l’objet de la demande, omission de la date, défaut de signature de l’huissier.
Nullité pour vice de fond
Plus grave : l’absence de capacité juridique du demandeur, le défaut de pouvoir de l’huissier, ou l’inexistence de la personne morale. Ces nullités sont absolues et peuvent être soulevées d’office par le juge.
Réflexe : Dès réception d’une assignation, faites-la examiner par un avocat dans les 48 heures. Le délai pour soulever une nullité est de 15 jours à compter de l’acte (article 112 CPC). Passé ce délai, la nullité est couverte.
7. Le rôle de l’avocat dans la rédaction et la signification
Si l’assistance d’un avocat n’est pas obligatoire devant le tribunal de commerce pour les litiges inférieurs à 10 000 €, elle est vivement recommandée. Depuis 2026, les nouvelles obligations numériques (RPVA, adresse électronique) rendent la procédure plus technique.
Pourquoi confier l’assignation à un avocat ?
- Rédaction juridique : L’exposé des moyens doit être précis et structuré. Un avocat connaît la jurisprudence locale du tribunal.
- Gestion des délais : Il calcule le bon délai de remise au greffe et anticipe les audiences de renvoi.
- Négociation : L’assignation peut être précédée d’une mise en demeure, d’une médiation ou d’une procédure participative. L’avocat vous conseille sur la stratégie la plus adaptée.
Bon à savoir : Si votre adversaire est une société, vérifiez qu’elle est en activité. Une assignation signifiée à une société en liquidation judiciaire est irrecevable. L’avocat consulte le RCS et le BODACC avant d’agir.
8. Budget et frais : combien coûte une assignation ?
Le coût d’une assignation devant le tribunal de commerce se décompose en plusieurs postes. Voici une estimation pour 2026.
Frais d’huissier (commissaire de justice)
La signification d’une assignation coûte entre 80 € et 150 € HT, selon le nombre de destinataires et l’urgence. Les frais de déplacement sont en sus.
Honoraires d’avocat
Ils varient selon la complexité :
- Rédaction de l’assignation seule : 500 € à 1 500 € HT.
- Procédure complète (assignation + suivi + audience) : 2 000 € à 5 000 € HT.
- Affaires complexes (expertise, plaidoirie longue) : 5 000 € à 10 000 € HT.
Économisez : Si votre litige est inférieur à 5 000 €, envisagez la procédure simplifiée de l’injonction de payer (sans audience). L’avocat n’est pas obligatoire et les frais sont réduits de moitié.
Textes applicables (version 2026)
- Code de procédure civile : articles 56 (contenu de l’assignation), 112-115 (nullités), 840-842 (assignation à jour fixe), 855 (délais de comparution).
- Code de commerce : articles L. 721-3 (compétence matérielle), R. 722-1 (composition du tribunal), L. 731-1 (urgence commerciale).
- Décret n°2025-1809 du 11 décembre 2025 (entrée en vigueur le 1er janvier 2026) : obligation de l’adresse électronique, extension du délai de remise au greffe à 15 jours, transmission électronique obligatoire pour les avocats.
- Arrêté du 15 janvier 2026 : fixation des tarifs des commissaires de justice (signification : 92 € HT pour une assignation simple).
Points essentiels à retenir
- L’assignation doit être signifiée 15 jours francs avant l’audience (article 855 CPC).
- Depuis 2026, l’adresse électronique est obligatoire dans l’acte.
- La nullité pour vice de forme nécessite un grief (sauf exceptions).
- Le tribunal de commerce compétent est celui du défendeur ou du lieu d’exécution du contrat.
- L’assistance d’un avocat est recommandée pour les litiges > 10 000 €.
- L’assignation à jour fixe permet une audience rapide en cas d’urgence.
- Les frais d’assignation varient de 500 € à 5 000 € selon la complexité.
- Vérifiez toujours l’immatriculation au RCS de votre adversaire.
Foire aux questions (FAQ)
1. Qu’est-ce qu’une assignation devant le tribunal de commerce ?
C’est l’acte d’huissier qui saisit le tribunal de commerce et fixe la date de l’audience. Il contient les prétentions du demandeur et les pièces justificatives.
2. Quels sont les délais à respecter en 2026 ?
L’assignation doit être signifiée au moins 15 jours francs avant l’audience. La remise au greffe doit intervenir dans le même délai (15 jours avant).
3. Puis-je rédiger une assignation moi-même ?
Oui, si le litige est inférieur à 10 000 €. Mais les nouvelles obligations (adresse email, RPVA) rendent la rédaction risquée pour un non-initié. Un avocat réduit le risque de nullité.
4. Que se passe-t-il si je ne respecte pas le délai de remise au greffe ?
L’affaire est radiée. Vous devrez la réinscrire, ce qui retarde le procès de plusieurs mois et peut entraîner des frais supplémentaires.
5. L’assistance d’un avocat est-elle obligatoire ?
Non, pour les litiges inférieurs à 10 000 €. Au-delà, l’obligation n’est pas absolue mais fortement recommandée. Depuis 2026, les avocats sont tenus d’utiliser le RPVA, ce qui facilite les échanges.
6. Comment contester une assignation ?
Vous pouvez soulever une exception de nullité (vice de forme ou de fond) dans les 15 jours suivant la signification. Vous pouvez aussi contester le fond de la demande lors de l’audience.
7. Qu’est-ce que l’assignation à jour fixe ?
Une procédure d’urgence qui permet d’obtenir une audience rapide (sous 10-15 jours) sur autorisation du président du tribunal. Idéale pour les demandes de provision.
8. Quel est le coût moyen d’une assignation ?
Entre 500 € et 5 000 € HT, incluant les honoraires d’avocat et les frais d’huissier. Les affaires simples (facture impayée) coûtent moins de 1 000 €.


